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12 décembre 2009 6 12 /12 /décembre /2009 18:01

Histoire d'assainissement local…

 

Il était une fois, sur une presqu'île bretonne couverte de bocages riants, un petit village traditionnel dont la population grandissait avec l'arrivée de petits propriétaires fraîchement élus à la réussite sociale générale.

 

Comme dans beaucoup de presqu'îles de ce fond de rade, le relief est varié et la terre ingrate, les sous sols racontent une histoire tumultueuse de pétrissages et de recuissons des roches, dans lesquels l'eau fait son patient travail d'altération, de transport comme de filtration.

 

La région est de part sa nature vouée à l'assainissement individuel, car il apparaît assez simple de constater que, de part l'isolement de la plupart des maisons dans la campagne, hors du village lui-même, un assainissement collectif nécessiterait probablement des travaux importants d'installation de conduites ainsi que de pompes de relevage, entraînant un coût global d'entretien important pour la commune.

 

Pendant des années, il fût donc recommandé à la population, avec force discours pédagogique sur le fonctionnement des nappes phréatiques, de l'infiltration des eaux usées dans les sols et des risques de pollutions de la nécessité d'une installation  d’assainissement non collectif. Cette dernière est conçue en fonction des caractéristiques précises des sols de chaque parcelle dont la nature varie assez facilement d'un endroit à l'autre, même proche.

 

Dans la plupart des localités voisines, les contrôles du Spanc, validaient ou invalidaient les installations individuelles, non sans que des protestations se fassent parfois entendre.  De nombreux cas d'arrangements à l'amiable par l'intermédiaire de réseaux de connaissances bien placées dans les milieux officiels arrangent complaisamment les uns et les autres. Mais déjà là, tout est affaire d'information orale, non officielle et difficile à vérifier, à coordonner afin d'en tirer une vision statistique sérieuse.

 

Beaucoup mirent un point de fierté à avoir une installation correcte, autonome et sans risque pour la pollution de l'environnement, à des prix variants selon les contraintes de leur parcelle et de leur habitation.

 

Les choses étaient dans les mœurs et les nouveaux arrivants tenaient compte de l'absence de réseau de collecte collective des eaux usées pour intégrer à leur nouvel habitat une installation autonome.

 

Le temps passe. Les contrôles du SPANC ne sont jamais venus vérifier nos installations que nous savons par ailleurs, de par nos métiers personnels, d'un père architecte expert ayant supervisé rigoureusement les travaux de réhabilitation de la maison, et personnellement géologue géochimiste, parfaitement efficaces.

 

Un beau matin ensoleillé, un brave homme, la bombe de peinture fluo à la main, sonne à la porte. Il me propose de définir l'emplacement de la bouche de raccordement au réseau collectif qu'il est en train de mettre en place dans le quartier.

Je suis fort étonné de sa démarche et lui demande qui le commandite car nous n'avons eu aucune information concernant la décision municipale de faire construire un réseau de collecte des eaux usées !

Il est donc le premier à m'informer d'une décision locale de la municipalité d'installer un assainissement collectif dans un quartier où toutes les maisons, à de très rares exceptions près, sont pourvues depuis de nombreuses années d'assainissements individuels.

 

De plus j'apprends qu'il a été décidé, sans que j'ai jamais vu ou entendu parler d'une quelconque enquête de terrain sur la question, que le quartier de part ses terrains est impropre aux assainissements individuels car la terre y est trop argileuse et que dans ces conditions l'épandage n'y est pas efficace. Je lui explique que cette affirmation est totalement fausse, que je suis parfaitement capable de l'expliquer du fait de mon métier, que l'installation d'épandages sur les sols de la vallée ne pose pas de problème quand on sait s'y adapter techniquement, les solutions techniques à ce genre de situation ne manquent pas, d'autant que la plupart des parcelles sont de tailles suffisantes à la mise en place d’épandages artificiels sur tertre par exemple. Peu lui importe d'ailleurs et j'en conviens, car il n'est qu'un exécutant fort heureux de la décision municipale qui offre à son équipe un travail juteux.

 

Je fais rapidement le tour des voisins qui eux aussi sont désagréablement surpris des travaux en cours se faisant sans qu'ils aient été consultés. Plusieurs contacts téléphoniques sont alors pris avec la mairie qui informe de la décision a été prise à la suite de celles décidées lors d’études faites par de la communauté de communes du pays de Landerneau Daoulas. Là encore, personne n'a été informé semble-t-il des décisions prises par les élus dans le cadre de la communauté de commune. Il s'avère pourtant que certains s'en informent, publient régulièrement des rapports critiques et tentent de relayer leurs enquêtes par l'intermédiaire de la presse locale dont ils s'aperçoivent alors de la collusion avec les pouvoirs locaux. Mais là encore, tout est affaire d'information orale difficile à vérifier et révélant au moins le système relationnel local dans toutes les prises de décision… prétendument collective ou particulière…

 

Une réunion est alors proposée par la mairie en septembre, alors que les travaux ont commencé.

Tout le monde y est convié et l'on remarque que la salle bien que pleine ne rassemble pas la majorité des personnes concernées. Etonnant, non ?

 

Le débat s'ouvre par la présentation de la mairesse du village, étalant un discours classique de justification digne de toute émission d'intoxication télévisuelle, d'arguments faux, de prétentions économiques ne résistant à aucune analyse économique ou technique sérieuse mais qu'il est évidemment impossible au citoyen ordinaire de vérifier du fait de l'absence de participation effective, au moins consultative, des citoyens à la gestion de la commune… devant un parterre de "citoyens" râleurs mais incapables de prendre conscience qu'ils ont à faire à une personne toute aussi incompétente qu'eux sur les sujets qu'elle aborde.

 

Les justifications de l'installation annoncées ne sont en rien écologiques, ou citoyennes, mais relèvent de la mode politique en cours, de développement durable, de relance par les commandes des collectivités, de la création d'emplois… alors qu'il est de notoriété commune que cela ne bénéficie qu'à une entreprise particulière et que les payeurs sont toujours ceux qui ont le moins de moyens financiers, à savoir les contribuables, seuls à être obligés d'honorer les factures qui leurs sont présentées, quelque soit leur situation économique, sociale, professionnelle… Et par ailleurs, au chomage, sans lien culturel et de sang avec la population locale, ayant visité l'ensemble des acteurs économiques et sociaux locaux afin de me faire connaître sur mes diverses compétences, je n'ai jamais bénéficié des ouvertures de postes locaux qui n'ont jamais été publiés et restent réservés aux connaissances des uns et des autres, proches des élus locaux et traditionnels.

 

Le seul personnage sérieux dans cette conférence, est le technicien de la communauté de commune qui expose avec patience et intelligence les différents éléments techniques et réglementaires des travaux.

Et l'on découvre donc sur les cartes établies la position de sa maison, si elle est en écoulement gravitaire ou nécessite une pompe de relevage pour évacuer dans les conduites de collecte les eaux de sa fosse…

Que l'on dispose d'un délai de deux ans avant de procéder au raccordement au réseau de collecte collectif, qui même dans le cas d'une installation individuelle viable, sera de toute façon obligatoire...

Alors comme par hasard, tous les gens ayant depuis fort longtemps un assainissement autonome ne posant aucun problème d'infiltration, un traitement correct par épandage, sont aussi ceux qui sont en contre-bas de la collecte et devront se faire installer une pompe de relevage…

 

Mais le clou de l'information est le tarif qui sera facturé… à chaque usager tenu en laisse par la loi décidée par quelques individus forts intéressés et validée par le parterre d'élus locaux de la communauté de communes ayant voté sans sourciller les textes…

Il va maintenant falloir payer l'eau comme toujours mais en plus sont retraitement : donc la facture d'eau à la commune, si elle ne double pas complètement est considérablement augmentée… sans compter le coût variable selon les circonstances de l'installation du raccordement, de l'éventuel relevage et de son entretien…

 

Tout ça au nom de l'intérêt collectif, de la relance économique, de l'écologie, du développement durable… Plusieurs installations d'épuration seront mises en place rejetant des quantités concentrées d'eaux prétendument traitées directement à la mer, à grand renfort d'entretien par le contribuable, dont les impôts ne suffisent plus au soutien de ce développement durable et qu'il se doit donc d'entretenir de sa participation…

 

Vive le libéralisme fondé sur le marché forcé…

 

C'est beau les républiques bananières ! Les décideurs sont les plus malins et les plus intégrés aux réseaux de connaissances locales, mais à chaque sujet nécessitant une connaissance technique particulière, ils se révèlent systématiquement totalement incompétents et totalement… magouilleurs…

Et pendant ce temps, on ne retrouve ni travail, ne faisant partie d'aucun de leur réseau, et on paye quand même…

 

Les travaux se poursuivent.

J'ai tenté de rassembler les râleurs que j'avais repérés lors de la réunion communale. Aucun ne m'a donné de retour à ma proposition de rassemblement et de tentative d'organisation locale citoyenne… Plusieurs d'entre eux, arguant de leur position délicate d'agriculteur ou d'éleveur avouent faire profil bas se sentant dans la ligne de mire des contrôles d'environnement, tant leur affaire est juteuse dans ce temps de prospérité étatique et privée où tous les moyens de récupération forcée de finance sont bons…

 

La république bananière a de beaux jours devant elle...

Loin de moi l'idée de défendre l'initiative privée au profit de la gestion collective des ressources générales !

Bien au contraire suis-je tout particulièrement propice à l'organisation collective en matière de responsabilisation des individus dans la gestion de l'environnement. Mais je tiens compte dans la mesure de mes possibilités d'information du plus large éventail de données sur chaque problème. Il serait beaucoup plus efficace et pertinent de gérer collectivement le contrôle et le conseil technique en matière d'adaptation particulière aux conditions de chacun, en rassemblant d'une part de réelles enquêtes sur le terrain, et l'expérience acquise par les nombreux professionnels ayant œuvré en matière d'installation d'assainissement individuel. Si dans certaines conditions de relief et de géologie ainsi que conditions économiques et sociales, il est effectivement plus intéressant d'organiser un assainissement collectif, ce n'est par le cas des localités dont le relief, la diversité des géométries de parcelles, ainsi que la diversité des conditions d'habitats et les conditions économiques des individus, risque d'alourdir les dépenses. Le calcul présenté en défense de ce projet, est que cette facture nouvelle de l'eau est inférieure au coût de l'investissement d'une installation individuelle reportée en tant qu'emprunt ou dépense étalée dans le temps ! Certes, le calcul se défend-t-il assez bien sur le court terme. Mais à ce court terme il est facile de répondre que sur le court terme, la dépense du raccordement est déjà un problème, et que sur le long terme, la facture augmentée de l'usage de l'eau, elle, ne prend pas fin et perdure au delà de toute limite de coût de remboursement d'emprunt ou d'étalage de financement !

 

Mais surtout, la plupart des usagers ont déjà rentabilisé leur propre installation ! Cette installation nouvelle est un poids supplémentaire dans le coût de la vie ordinaire !

 

Ce qui me frappe dans le cas de ma commune, c'est que l'ensemble des habitants avaient investi de lourdes sommes dans leur installation individuelle et que ce raccordement obligatoire, qui ne se justifie que par la nécessité pour la gestion de la commune, d'équilibrer son budget à la suite de cet investissement "durable", va alourdir encore leur budget domestique. Certes beaucoup d'entre eux, de plus en plus nouveaux arrivants, sont apparemment en bonne situation sociale et économique. Mais ce n'est pas le cas des anciens, de tous âges, vivant de peu et de façon de plus en plus précaire.

 

Ce qui me frappe une fois de plus dans les mœurs locales, c'est l'apathie générale des citoyens à l'égard de la "chose commune" et leur implication dans des réseaux d'intérêts locaux et particuliers qui leurs interdisent en fait l'intervention dans les décisions collectives du fait des intérêts particuliers qu'ils entretiennent avec les décideurs.

 

Certes suis-je critique à l'égard des décisions des élus. Mais plus encore le suis-je à l'égard de la mentalité des électeurs qui font preuve de très peu de sens de responsabilité citoyenne en l'occurrence !

La démocratie n'est pas l'intérêt particulier de l'individu populaire, mais le sens de la responsabilité individuelle dans la gestion de l'intérêt collectif.

La démocratie n'est pas le régime du client roi.

Elle est un devoir individuel à l'égard du collectif.

 

Nous ne sommes toujours pas en démocratie !

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commentaires

Michel dans le Sud des Deux -Sèvres 14/12/2009 21:26


Paroles de Montéhus et musique de R. Chantegrelet.

Une chanson d'une brulante actualité !

Voyez donc ces hommes politiques
Vrais paillasses à gueule tragique
Qui pour aller au parlement
Au peuple font du boniment
J’vous promets les r’traites ouvrières
J’vous promets la fin d’vos misères
Ils se votent d’abord et comment
Pour eux-mêmes quarante-et-un francs !

Ils ont les mains blanches
Les mains maquillées
Ils ont les mains blanches
Par la honte souillées
Ca sent le roublard, ça sent le malin
Voilà c’qu’on appelle un poil dans la main !

Voyez donc cette foule tapageuse
Que’qu’fois gaie, souvent malheureuse
Oui ce sont les brav’ouvriers
C’est la masse des sacrifiés
Ils reviennent du bagne de l’usine
Ils sont pales, ils ont mauvaise mine
Hommes et femmes, vrais gueux, meurt-de-faim
Qui engraissent un tas de coqins !

Bon ! je crois qu'il faut se réveiller , arrêter de se faire racketter, et surtout ne pas SUBIR .